Cet article je souhaitais le faire depuis un moment mais je pense que j'avais besoin d'un peu de recul pour qu'il reste "juste". Cela fait désormais pile une semaine que je suis en congés mat. Une semaine où j'ai pu me reposer mais surtout me recentrer sur moi, sur ma grossesse et sur ma babygirl dont l'arrivée se fait de plus en plus imminente (encore 7 petites semaines).

Je fais partie de cette très grande majorité de femmes enceintes qui a continué à travailler jusqu'à la fin. Fin, qui était devenue pour moi une véritable délivrance. J'étais vraiment très fatiguée aussi bien physiquement par les heures de trajet quotidien en voiture, mon dos qui me faisait de plus en plus mal,..., que moralement car je n'arrivais du coup plus à être bien concentrée au travail j'avais l'impression de tout bâcler, de pas être assez réactive, bref de ne pas du tout être impliquée à fond dans ce que je faisais ce qui me déplaisait vraiment.

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Dès le début de ma grossesse, je savais que je serais amenée à concilier ma grossesse avec mon travail. J'ai la chance d'avoir un travail qui n'est pas physique, un travail de "bureau" mais qui pour autant est très prenant. Je suis frontalière ce qui implique minimum 2h de route par jour voir plus les jours d'embouteillage et en fin de grossesse la voiture ce n'est vraiment pas l'idéal, on y est mal installé. A côté de cela, travaillant au Lux je n'ai pas pu bénéficier d'aménagements d'horaires (je sais qu'en France c'est assez fréquent) et je devais continuer à faire du 40h/semaine ce qui est là bas vraiment un minimum, en réalité on tourne plus vers les 50h/semaine...

Pendant cette grossesse, j'ai vraiment compris à quel point le chemin pour l'égalité hommes/femmes était long à faire, j'ai entendu des choses qui m'ont fait bondir intérieurement, des remarques qui ne devraient pas (plus) exister mais la réalité est là, travailler enceinte c'est faire un gros sacrifice sur sa grossesse et sur sa vie personnelle.

Les réflexions désobligeantes :

Je pense avoir eu ma dose de réflexions sur la grossesse, les femmes enceintes, de on dit... Je ne me suis jamais plainte de ma grossesse au travail, je n'en parlais d'ailleurs jamais sauf si on me posait des questions car je comprends tout à fait que votre vie de femme enceinte n'intéresse pas la terre entière.  Et pourtant, les réflexions fusent, elles ne vous sont pas toutes directement adressées mais elles blessent.  Le pire dans tout cela, les réflexions viennent souvent des femmes, notamment de celles qui ont décidé de privilégier leur carrière à leur vie privée, chacun ses choix mais pour moi le plus important est de respecter ceux des autres.

Des rendez-vous médicaux durs à gérer :

Chaque mois j'avais donc plusieurs rdv à passer que ce soit avec mon gynéco, des prises de sang, les échos,... Avec mes horaires de travail, c'était une vraie galère de fixer ces rendez-vous, je devais les mettre le plus tôt possible le matin ou le plus tard possible le soir. Même si légalement, j'avais le droit de m'absenter pour ces rdv, on m'avait bien préciser de les poser au maximum hors horaires de travail : heu oui mais le samedi il y a personne à l'hosto... Du coup, je n'ai pas pu profiter pleinement de mes échos, ni eu le droit de poser des congés pour profiter de ces moments uniques, je stressais plus quand la sage femme avait du retard par peur d'arriver à la bourrer à ma réunion,... Je l'ai mal vécu et heureusement que mon mari était à mes côtés pour me rappeler de profiter du moment présent et de ne pas penser au boulot.

Les congés : passés aux oubliettes

N'ayant posé encore aucun jour de congé depuis mon arrivée dans ma boîte, il était prévu que je parte au moins deux semaines en été en vac. Mais mon chef ne l'a pas vu de cet oeil, j'allais "bientôt" partir en congés mat donc je n'allais pas en plus partir en vacances cet été.  Avec beaucoup de mal, j'ai réussi à négocier une semaine sous certaines conditions mais c'est tout. Aucun jour de congé pour mes échos ni autre comme si enceinte, on avait pas aussi besoin de prendre un peu de congé.

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Des cours de préparation à l'accouhement zappés :

Vu que c'est ma première grossesse, il me tenait vraiment à coeur de pouvoir suivre des cours de préparation à l'accouchement. Là encore ça n'a pas été possible avec mes horaires de travail. Mes collègues m'ont gentiment rappelé qu'à l'époque on faisait bien sans... Heureusement, j'ai réussi à trouver une sage femme géniale qui m'a rajouté dans son planning déjà bien overbooké et depuis vendredi dernier j'ai commencé les cours, on a quasiment réussi à tous les fixer sauf un. C'est vraiment un moment important à vivre dans une grossesse et je trouve ça pas normal d'en être privé pour des raisons pro.

Une vie privée mise à mal :

Une fois votre grossesse annoncée, votre "choix de vie" entre dans la sphère public, après vous avoir fait compris que vous veniez de bousiller votre carrière, on va s'assurer que vous n'allez pas planter tout ce petit monde en décidant (en plus) de partir en congé parental : l'ultime trahison. Heureusement pour mon chef, je ne comptais pas le prendre. Au lux, on dispose d'un mois de plus de congé mat si on allaite (je ne sais pas si c'est pareil en France), du coup mon chef m'a clairement dit que allaiter était très fatiguant et qu'il fallait mieux que je sois de retour plus tôt. J'ai halluciné même si j'ai préféré en rire sur le moment en lui disant que c'était un choix personnel et que je le prendrais par rapport à mes convictions personnelles et non pour des raisons pro mais je ne comprends pas qu'on puisse dire de telles choses.

Je vais arrêter ici cette liste, non exhaustive, des choses que l'on peut vivre enceinte en travaillant. Malgré tout, je ne regrette pas du tout d'avoir continuer à travailler car physiquement je le pouvais même si les dernières semaines devenaient très dures.  J'ai eu la chance d'avoir une grossesse qui jusque ici c'est très bien passé et cela m'a permis de continuer à avoir une vie sociale. Certains collègues sont heureusement adorables, prennent des nouvelles de votre petit bout, vous donnent un petit coup de main pour les tâches difficiles,... Je voulais aussi prouver qu'une femme enceinte a tous ses neurones et peut très bien bosser comme n'importe quelle autre femme, homme, non ce n'est pas une maladie mais ça demande tout de même des aménagements.

Dans le milieu pro, la femme enceinte reste vue comme un fardeau à gérer : une personne qu'il va falloir remplacer. Pour moi, la grossesse est une expérience unique et je ne comprends pas pourquoi plus d'efforts ne sont pas mis en place afin que l'on puisse mener une grosses épanouie en continuant à travailler. Pour moi, j'ai clairement l'impression d'avoir sacrificé ma grossesse pour travailler. Bien sûr il n'est jamais trop tard pour en profiter et je rattrape désormais le temps perdu mais j'aurais aimé ne pas avoir à le faire. Du chemin pour l'égalité des hommes et des femmes au travail, il en reste encore beaucoup à parcourir...